Par Son Eminence Óscar Andrés Rodríguez Cardinal Maradiaga, S.D.B. Président de Caritas Internationalis

Soixante pour cent de la population de la planète subsiste avec 6 pour cent des revenus mondiaux. Des milliards de dollars ont été trouvés en l’espace d’une nuit pour renflouer les banques touchées par la crise économique mondiale mais les pays pauvres attendent depuis des décennies que les promesses d’aide soient tenues.

Le plan de sauvetage financier, d’un montant de 700 milliards de dollars, mis sur pied par le gouvernement des États-Unis en novembre est quasiment équivalent au montant total de l’aide au développement fournie ces 10 dernières années par 23 des pays les plus riches du monde*.

Il est important de sauver l’économie mondiale mais il nous faut placer l’ensemble de l’humanité au coeur de ce sauvetage. Un monde fondé sur la mondialisation de la cupidité et non sur celle de la solidarité n’a jamais été ni durable ni souhaitable.

Nous craignons que les plus pauvres ne paient le prix fort pour cette folie alors qu’ils ont le moins bénéficié des décennies de croissance économique inégale. La pauvreté est en recrudescence avec 100 millions de personnes supplémentaires dépendantes de l’aide alimentaire. Jusqu’à 400 000 enfants de plus par an pourraient mourir au cours des cinq prochaines années du fait de la crise économique.

A mi-parcours du projet du Millénaire, dont l’objectif est de libérer des millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2015, les financements des pays riches restent en deçà de ce qu’ils ont promis et de ce qui est nécessaire.

Si les Objectifs de développement du Millénaire n’ont pas été atteints, ce n’est pas seulement une question de manque de financements, d’amélioration de la façon dont l’aide est dépensée, d’allégement accru de la dette, ni même de système commercial plus équitable. Comme je l’ai déclaré aux Nations Unies en septembre, ce qui nous fait cruellement défaut ici, c’est l’imagination.

Il nous faut imaginer non pas un “Premier monde” ou un “Tiersmonde”, mais un “Monde unique” dans lequel les devoirs à l’égard des pauvres sont partagés. L’espoir était palpable en 2008.

L’espoir était palpable chez ces jeunes que j’ai rencontrés en Australie à l’occasion de la Journée mondiale de la jeunesse. Ils croyaient en un “Programme pour un monde meilleur”. À leurs yeux, les possibilités étaient aussi illimitées que leur imagination.

En cette année saint Paul, nous caressons l’espoir que l’apôtre inspire les dirigeants des pays les plus puissants du monde afin qu’ils vivent leur propre épiphanie. Une conversion est indispensable si l’on veut que l’ancien système de cupidité aveugle laisse la place à un système qui dessille nos yeux sur la justice et la dignité pour tous.

*OCDE